Yuuta rendit son appareil à Cheryl. Cette dernier répondit qu'elle prenait des photos depuis qu'elle avait six ans. Elle avait commencé tôt! Mais le jeune garçon comprenait mieux le fait qu'elle soit si douée. Après tout, même si le talent est important, l'expérience est aussi utile. Cependant, Cheryl s'empressa d'ajouter qu'elle n'y était pour rien, qu'elle ne faisait qu'appuyer sur le bouton. Etrange. Yuuta n'aurait pas pensé qu'elle puisse être si modeste. Elle dégageait une sorte d'aura qui lui donnait cet air si important, presque imbue d'elle-même. Comme quoi, l'apparence est souvent trompeuse.
Il y eu quelques secondes de silence. Seuls les piaillements des oiseaux perçaient de calme de cette matinée. Même la brise semblait ne plus vouloir se risquer à bouger les feuilles des arbres entourant le lycée. C'était comme si la nature était en suspension pendant que les deux adolescents cherchaient un nouveau sujet de discussion.
Ce fut finalement Cheryl qui reprit la parole.
« Mais merci, c'est gentil. Et toi et la guitare? Sept ans c'est ça? Je t'ai entendu le dire à Anako tout à l'heure. C'est une passion qui te vient de tes parents? Je demande parce que généralement les enfants sont inspirés de leurs parents. Surtout les musiciens. Moi, c'est ma mère, elle est tellement belle... »
D'où venait sa passion? Yuuta hésita un moment. Sept ans déjà. Il sentit un mélange d'émotions étranges en lui. Cela faisait sept ans qu'il avait commencé à faire de la guitare. Cela faisait sept ans que sa mère était morte. Que répondre? Il ne tenait pas à changer cette atmosphère paisible. Il réfléchit un moment. Cheryl aussi tenait cela de sa mère. Mais dans le cas de Yuuta, c'était tout de même assez étrange, non? Mais il allait lui répondre bien sûr. Après tout, elle avait été franche avec lui. Il lui devait bien ça. Et puis, ça ne lui ferait pas de mal de parler à quelqu'un un peu. Il était resté très seul depuis son arrivée à Seta, et n'avait osé parler à personne. C'était le moment ou jamais!
« Ma mère était pianiste. Depuis que je suis tout petit, elle a tenu à me faire aimer la musique comme elle l'aimait. Mais le piano ne m'intéressait que quand elle en jouait, alors je n'étais pas un élève très assidu. Peu de temps après son décès j'ai décidé de trouver un instrument qui me plairait et qui pourrait m'appartenir réellement. C'est comme ça que j'ai commencé la guitare.»
Etrangement, ça n'était pas sorti comem il l'imaginait. Ben oui, tout simplement. Mais quel idiot. Parler du décès de sa mère! Autant raconter les détails de l'enterrement s'il tient tant que ça à plomber l'atmosphère! Mais bizarrement, il se sentait serein, presque soulagé de l'avoir dit. Yuuta n'avait jamais parlé de la mort de sa mère à quelqu'un. Même pas à son père. Ils préféraient éviter le sujet tous les deux, de peur que l'un ou l'autre craque. Alors ils pleuraient chacun de leur côté, sans jamais se l'avouer. Cette lois du silence durait depuis sept ans maintenant. Pourtant, ils étaient tous les deux plus proches. Le père de Yuuta avait décidé de passer plus de temps avec son fils, pour qu'il ne soit pas seul toute sa vie. C'était triste à dire, mais la mort de Hitomi Mizuno avait permis le rapprochement de son mari et de son fils. Le sort est parfois bien étrange.
« Ah, désolé... Je te parle de ça, ça n'est pas très joyeux!»
Ce n'étais pas vraiment son fort de rattraper une conversation en dérive. Sans y faire attention, ses doigts glissèrent à nouveau sur les cordes de sa guitare. Le regard dans le vide, il les laissait aller à leur gré sans y prêter attention plus que ça. Décidément, ce garçon devait être misanthrope!






